Les origines de la culture hip-hop en Afrique

Les origines de la culture hip-hop en Afrique

Quand on parle de la culture hip-hop, on oublie souvent qu’elle ne se limite pas à une seule discipline, on néglige le fait que ce soit une culture à part entière, avec des activités, mais surtout une mentalité, un style de vie qui crée un sentiment d’appartenance et donc une communauté associée. Si la culture hip-hop dans toute sa globalité est née aux Etats-Unis, plusieurs disciplines artistiques, comme la danse et le rap, semblent tirer leurs origines de l’Afrique. Pourtant, on va s’intéresser ici à l’apparition du mouvement hip-hop en Afrique, tel qu’il est né et s’est construit aux US.

A la base, le mouvement hip-hop a été porté par une communauté minoritaire et migrante, une population afro et latino américaine qui exprimait leur quotidien, leur style de vie et les réalités des quartiers pauvres au travers de leur art. Pourtant, en Afrique, c’est tout autre chose : ce sont les jeunes issus des classes moyennes ou aisées et qui pouvaient voyager ou recevoir de l’étranger, qui avaient accès aux cassettes et aux vidéos en provenance de l’Occident. Premiers groupes de danse, chorégraphies importées, nouveaux sons en vogue aux US ou en France, les jeunes africains de familles modestes n’y étaient pas exposés aussi facilement.

Dans un premier temps, les premiers hip-hopers africains ne faisaient qu’imiter les oeuvres occidentales sans prendre en compte leurs racines, les années 80 nous présentent un mouvement encore peu accepté en Afrique, le rap et le style hip-hop étant considérés comme un truc de voyous, et négligés par le grand public qui n’arrive pas à s’identifier à une culture aussi loin des empreintes africaines. Les premiers artistes à avoir occupé une place importante sur la scène africaine francophone sont des groupes sénégalais et camerounais. La plupart d’entre eux, avant de se lancer dans le rap, commencent avec la danse qui est la première discipline artistique à avoir mis le pied en Afrique pour ouvrir le chemin au mouvement hip-hop tout entier. La reconversion de la danse au rap s’explique à cette époque par un contexte socio-politique particulier où seuls les médias d’Etat diffusaient les contenus radio et télé. Les groupes « trop engagés » contre le système en place n’avaient pas la possibilité de toucher un large public à cause de la censure. Mais lorsque les médias privés ont fait leur apparition, la scène rap est devenu plus accessible, et représentait alors un moyen pour s’exprimer plus librement. La réalité sociale, politique et économique a été un des points déterminants du hip-hop et plus précisément du rap en Afrique. Les artistes avaient leurs réalités à exprimer, leur style de vie à mettre en avant et surtout leurs causes à défendre. D’un autre côté, la prise de conscience de leur identité en tant qu’Hommes, et en tant qu’africains, ainsi que le fait de redéfinir les racines des disciplines artistiques du hip-hop, a fait renaître en eux ce sentiment de légitimité et cette conviction selon laquelle ils peuvent apporter de la nouveauté, être promoteur, mener la barque, et se ré-approprier le rap, la danse, et toute la culture hip-hop qui semblait appartenir à d’autres et dont ils pensaient ne pouvoir que l’imiter.

Après cette prise de conscience, les styles de rap naissent petit à petit en Afrique en fonction des pays, des mélanges de sonorités afro, des instruments traditionnels, des langues locales, associés aux influences occidentales ont fini par créer le hip-hop dit africain. 

Comme la plupart des pays africains, le Congo touche le hip-hop du doigt en commençant par la danse, très présente sur la scène urbaine, surtout en RDC, avec les premiers groupes de danse, les premiers concours et évènements. En République du Congo, des groupes de rap se sont démarqués et ont fait leur temps dans les années 90, comme Warriors 4 Ze Peace, notamment composé des rappeurs Scherzo et Rosh Bantu, et DJ Arthist, un multi instrumentiste. Ils ont apporté les premiers rap en langues locales, puisé leur identité rap dans la culture bantu et même mélangé les danses hip-hop aux danses traditionnelles. Ils ont marqué leur époque avec leur premier album « Rendez-vous avec l’histoire » en 96′, ils ont participé à la première scène du FESPAM, mais ont vu leurs activités se suspendre et leurs membres se séparer à cause de la guerre civile de 97′. 

Nous avons rencontré Rosh Bantu, l’un des membres fondateurs de Warriors 4 Ze Peace et précurseur du hip-hop au Congo qui a accepté de nous en dire plus sur la scène rap de l’époque et l’expérience Warriors 4 Ze Peace.

Scherzo et moi, on s’est rencontré dans le quartier. A l’époque, j’aimais beaucoup le reggae et la danse traditionnelle, on avait 13-14 ans quand il est venu me voir pour me dire « Mon frère, on est en train de monter un groupe, on aimerait bien que tu y sois. », et je lui ai dit « Mais je ne suis pas rappeur moi ! », et il m’a dit « Je vais t’apprendre, tu sais écrire et chanter, je t’apprendrais les rudiments. ». C’est avec Scherzo que j’ai fais mes premiers pas dans le rap.

Rosh Bantu, membre fondateur du groupe Warriors 4 Ze Peace

Franchement, on a eu une époque d’or dans la musique. Après est arrivée la guerre subite qu’on connait. Celle de 97′, qui nous a tous fait quitter le pays (…) Quand on me dit que le rap au Congo est mort, je dis non, nous sommes les meilleurs ! On a connu une époque d’or qui n’a malheureusement pas été mise en valeur. On s’est frotté aux « grands groupes » comme Positive Black Soul…

Rosh Bantu, membre fondateur du groupe Warriors 4 Ze Peace

Bien que Rosh Bantu continue sa carrière solo quelques temps après dans d’autres pays d’Afrique avant de s’installer définitivement en France, Warriors 4 Ze Peace continue de vivre de tous ses membres jusqu’en 2003 et donne entre temps naissance à un second album « Le négro qui pleure » en 2001. Aujourd’hui, Rosh Bantu et Scherzo sont les deux membres restants du groupe bien qu’ils investissent également dans leur carrière solo. Le premier est un acteur majeur de la scène hip-hop à Grenoble et le second peint de la même façon le paysage urbain entre beatmaking et rap à Reims.

On a sorti un EP en 2016 qui existe sur les plateformes, Deezer par exemple. On prépare aussi un album Scherzo et moi, normalement pour fin 2023 (…) Quand tu regardes le Congo, t’as pas l’impression que c’est nous qui donnons l’impulsion musicale ? Les plus grands rythmes viennent de chez nous. Mais, il faut qu’on mette la culture au centre de nos intérêts sociaux. (…) Toutes ces histoires ne sont jamais retracées alors qu’il ya des gens qui ont existé. (…) Dans d’autres pays, il y a des musées, des livres… Mais pas chez nous.

Rosh Bantu, membre fondateur du groupe Warriors 4 Ze Peace

Avant la guerre, le Congo Brazzaville laissait place au début de l’installation d’une scène urbaine solide, avec l’organisation de scènes hip-hop. Après, les difficultés ont été de plus en plus réelles, les groupes qui dominaient la scène ont dû se réfugier ailleurs, et les réalités politiques ont fait naître des artistes engagés mais toujours nichés et peu soutenus. Les institutions publiques et locales n’investissent plus dans la culture urbaine et la médiatisation des jeunes talents n’est pas plus évidente. Avec le temps, l’ère du numérique et l’évolution de la société et de la scène urbaine mondiale, les choses changent; si l’Etat et ses institutions n’investissent pas assez dans la culture urbaine actuelle, nos jeunes artistes s’auto-produisent, créent leur propre structure, saisissent leurs opportunités et réussissent, non sans mal, à se faire un nom sur la scène hip-hop congolaise et africaine. Entre influences occidentales, ré-appropriation culturelle, création d’une identité africaine propre à eux, et surtout la valorisation de leur authenticité, les artistes locaux tentent d’allier sincérité et authenticité artistique, avec les nombreuses attentes de la scène urbaine grand public, laquelle assure large audience, succès, et une place de choix dans le show-business.

Propos recueillis par Nancy Ekouya-Itoua


Sources : 

  • paolaaudrey.com : Le Rap en Afrique, à la croisée des chemins
  • lpprod.fr : Warriors for the peace
  • cairn.info : Rap en Afrique, faire tourner la roue de l’histoire
  • jeuneafrique.com : Congo, la French connection du rap

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