Le Hip-Hop et la rue, un combo inévitable ?

Le Hip-Hop et la rue, un combo inévitable ?

Nous le savons, le hip-hop est né dans les bas quartiers des Etats-Unis, et les premiers thèmes abordés/reflétés, que ce soit en musique, en peinture (graffiti) ou même dans le style vestimentaire, étaient, premièrement, liés à la rue. Né dans un contexte social enraciné dans le racisme, la violence, la pauvreté et, plus largement, la discrimination, le hip-hop, intrinsèquement lié à la rue, renvoyait à un groupe d’appartenance, un gang parfois, une mentalité particulière, des codes, un mode de vie, à la survie également, au système D, aux armes, à la drogue, à la violence, aux altercations avec la police, et au traffic en tout genre. Aujourd’hui, le mouvement a évolué, et de nombreux thèmes sont apparus, d’autres sujets sont soulevés au fur et à mesure que la société évolue, et l’impact du show-business a complètement déraciné le hip-hop à son origine. Cependant, le combo hip-hop et rue est toujours pleinement visible dans les références de nos artistes, dans les codes et la mentalité. Malgré le temps qui passe et l’évolution de la sphère urbaine, le hip-hop et la rue représentent-ils toujours un combo inévitable ?

Crédits : Marc Terranova

Au départ, les premiers hip-hopers se sont servis du hip-hop pour parler de leurs réalités, de leurs espoirs, de leurs difficultés mais aussi de leurs rêves, ils pratiquaient leur art pour dénoncer les injustices, clamer tout haut ce qui résonnait trop bas, et pour condamner les oppressions et la discrimination raciale. Le mouvement était un moyen de montrer qui ils étaient, et qui ils voulaient être, ce qu’ils vivaient et ce qu’ils n’étaient plus prêts à vivre, ce qu’ils pensaient et ce contre quoi ils s’alliaient. Aujourd’hui, force est de constater que les artistes les plus libres dans le choix de leur ligne directrice artistique, sont ceux qui sont indépendants de toute structure évoluant dans le show-business. Des thèmes qui ne font pas rêver le plus de monde, qui ne sont pas extrêmement vendeurs, bref, une touche qui ne correspond pas à la recette mainstream (acceptée et consommée par le plus grand nombre) du moment. La fête, les femmes, le sexe, la drogue, l’argent, et la cité : Les thèmes les plus fréquemment abordés dans le hip-hop actuel. Le rap en particulier zoom davantage sur ces sujets précis, tandis que les autres arts du hip-hop se présentent comme des sphères plus libres avec des artistes non contraints de faire abstraction de leur pensée personnelle, engagée et/ou décalée.

Si différentes recettes marchent sans la rue comme thème principal, c’est que le combo hip-hop et rue n’est pas inévitable. Pourtant, ces deux éléments semblent être un mélange qui ne perd pas de son efficacité. Nos artistes musicaux congolais, savent mener la danse au travers de la musique mainstream, avec ses thèmes généraux; il n’empêchent que pas mal d’entre eux abordent des sujets différents, liés à leur vie personnelle, reflétant les réalités africaines en générale et congolaises en particulier, ou racontant une histoire toujours teintée d’une approche propre à l’artiste. On observe une plus grande liberté dans les thèmes abordés du côté des artistes nichés (avec un public moins large), tandis que les artistes mainstream tentent, non sans mal, d’allier art et commerce.

Une question revient souvent dans le rap congolais, cette notion d’authenticité, de sincérité et de valeur unique. La rue, la drogue ou les relations intimes avec le sexe opposé étant des thèmes considérés comme des recettes gagnantes, ne manquent pas dans les textes de certains artistes auxquels il est reproché de ne pas peindre une réalité qui leur appartient véritablement. Peut-on parler de complexe ? D’une idéalisation formée autour de l’image que devrait avoir un « vrai rappeur » ? Après réflexion, la question de la crédibilité est une chose qui a toujours coincée dans le hip-hop africain. A l’époque, les premiers hip-hopers ne faisaient que copier les textes des artistes occidentaux jusqu’à dénaturer la profondeur de leur art. Le public local, incapable de s’identifier à une réalité qui n’est pas la leur se désintéresse donc aux artistes de ce type, et les artistes qui, eux, connaissent véritablement les réalités abordés par les autres, se sentent plus légitimes d’en parler eux-mêmes.

Pour finir, l’exemple des artistes peintres, slameurs ou danseurs nous apprend à valoriser nos propres expériences, nos histoires et notre réalité personnelle. Peindre une réalité qui parle, qui nous ressemble, exprimer une vérité qui nous appartient, et clamé un fait qu’on a vécu ou qu’on a touché du doigt. Si la rue est un sujet qui attire autant les artistes locaux, il est important de notifier que la réalité des quartiers au Congo existe, et que beaucoup de nos artistes la peignent chacun parfaitement à sa manière.

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